Quand ce qui nous fait du bien fait aussi du bien au monde

L’éco-bien-être comportemental, ou comment nos habitudes peuvent prendre soin de nous et de notre environnement

Je suis en vacances à la mer et j’avais promis de décrocher… mais je n’ai pas pu résister. Il faut croire qu’écrire fait aussi partie de mes activités de ressourcement.

Enfin soit. Je suis à la mer donc et il fait chaud. Très chaud. Très très chaud.

Le genre de chaleur qui vous fait regarder la climatisation du logement avec une affection toute particulière, presque sentimentale et franchement disproportionnée pour un appareil électroménager.

Heureusement, il y a la mer.

J’y vais régulièrement avec mes trois filles. Les deux plus jeunes, mes jumelles de trois ans et demi, apprennent progressivement à mettre la tête sous l’eau. On souffle, on ferme les yeux, on plonge et on recommence. Elles ressortent ravies, parfois un peu surprises d’avoir réussi ce qui leur paraissait encore impossible quelques heures auparavant.

Leur grande sœur participe évidemment à sa manière. À douze ans, l’apprentissage de l’immersion est derrière elle depuis longtemps. Notre activité consiste plutôt à essayer mutuellement de nous couler, ce qui donne lieu à des combats aquatiques d’une étonnante maturité d’enfants de cinq ans.

Nous jouons.

Nous bougeons.

Nous rions.

Les petites apprennent quelque chose. La grande perfectionne son apnée avec le concours de son paternel.

Nous partageons un moment ensemble.

Et surtout, nous avons enfin moins chaud.

Lorsque nous rentrons enfin au logis, trempés, fatigués et suffisamment rafraîchis, la climatisation devient beaucoup moins urgente. Nous l’utilisons avec parcimonie, davantage pour maintenir une température supportable que pour transformer l’appartement en chambre froide.

Rien de tout cela n’était particulièrement planifié.

Je ne suis pas entré dans l’eau en annonçant solennellement à mes filles :

« Aujourd’hui, les enfants, nous allons améliorer simultanément notre bien-être familial et diminuer notre consommation énergétique. » Qui dit ça, non mais, franchement ?

Quelques heures plus tard, sur la table de la terrasse, mon téléphone vibre.

Une notification de ma veille scientifique automatique.

J’avais complètement oublié de la mettre en pause pour les vacances.

Je regarde machinalement le titre qui vient d’apparaître :

Behavioral eco-wellness: Definition, conceptual framework, and research agenda.

Tiens donc. En voilà une perspective alléchante !

Je l’ouvre.

Et je repense presque immédiatement à notre baignade.

Vous connaissez peut-être cette sensation assez agréable : tomber sur un concept scientifique qui vient soudain donner un nom à quelque chose que vous aviez déjà observé, vécu ou vaguement pressenti sans jamais arriver à mettre des mots précis dessus.

C’est exactement ce qui m’est arrivé.

Quelques heures auparavant, je jouais dans la mer avec mes filles principalement pour le plaisir d’être avec elles et pour échapper à la chaleur. Pourtant, cette activité produisait toute une série d’effets qui allaient assez joliment dans la même direction : activité physique, plaisir, apprentissage, relation familiale, régulation thermique et moindre recours à la climatisation.

En y regardant de plus près, cette simple baignade cochait donc pas mal de cases à la fois.

Et cela porte désormais un nom dans mon esprit.

Ou, plus exactement, Bruce Barrett, Katherine Cornwall, Maggie Grabow et Simon Goldberg proposent en ce mois d’août 2026 de structurer un champ de recherche autour du behavioral eco-wellness, qu’ils définissent comme l’étude des choix, habitudes et autres comportements contribuant à la fois à la santé et à la soutenabilité.

Faute de traduction française consacrée, je parlerai ici d’éco-bien-être comportemental.

Et je trouve le concept particulièrement fécond.

Vous en faites probablement déjà

Regardez un instant votre quotidien.

Peut-être allez-vous travailler à vélo certains jours.

Vous marchez pour effectuer de petits déplacements.

Vous jardinez.

Vous achetez moins d’objets, vous en réparez certains.

Vous essayez d’introduire davantage de légumineuses ou de légumes dans votre alimentation.

Vous prenez le train plutôt que la voiture lorsque le trajet s’y prête.

Vous ouvrez les fenêtres le soir plutôt que de remettre immédiatement la climatisation.

Vous allez vous promener parce que vous savez qu’après une journée devant l’ordinateur votre corps en a besoin.

Certains de ces choix viennent peut-être d’une préoccupation environnementale.

D’autres ont commencé pour des raisons totalement différentes.

Vous prenez le vélo parce que vous arrivez au travail avec la tête plus claire.

Vous jardinez parce que vous aimez avoir les mains dans la terre.

Vous allez chercher le pain à pied parce que cela vous offre vingt minutes de tranquillité.

Vous cuisinez davantage végétal parce que vous avez découvert que les lentilles méritaient finalement mieux que la torture culinaire qu’on leur infligeait à la cantine scolaire.

L’éco-bien-être comportemental s’intéresse précisément à ces zones de convergence.

L’idée existait déjà dans les travaux précédents de Barrett. En 2022, il proposait le concept de dietary eco-wellness, centré sur les comportements alimentaires ayant simultanément des conséquences sanitaires et environnementales.

L’année suivante, Kim et ses collègues ont réalisé une revue exploratoire des interventions visant à modifier des comportements individuels dans les deux directions à la fois. Leur résultat mérite d’être retenu : avec des critères stricts demandant à la fois une intervention comportementale, une mesure de santé et une mesure de soutenabilité, ils n’ont pratiquement trouvé que les travaux pilotes de leur propre équipe. Ils ont néanmoins identifié seize études proches du sujet, regroupées autour de quatre domaines : alimentation, transports actifs, qualité de l’air intérieur et immersion dans les espaces verts.

Autrement dit, le concept dispose d’un terrain scientifique captivant, mais le champ empirique est encore naissant.

C’est justement ce qui rend l’article de 2026 si intéressant : les auteurs tentent maintenant d’en proposer une définition plus générale, une structure conceptuelle et surtout un programme de recherche.

L’intérêt du concept tient surtout à cela : il rassemble sous un même cadre des phénomènes qui, jusque-là, étaient surtout étudiés séparément.

Un comportement, plusieurs bénéfices

Le terme central est celui de cobénéfice.

Prenons un déplacement de trois kilomètres.

Je peux le faire en voiture.

Je peux aussi le faire à pied, en courant ou à vélo lorsque les conditions le permettent.

Dans le second cas, plusieurs conséquences peuvent apparaître simultanément : activité physique, diminution du temps passé assis, exposition à l’extérieur, moindre utilisation du véhicule et réduction des émissions associées à ce trajet. Les transports actifs font précisément partie des quatre domaines repérés par la revue de Kim et ses collègues.

Même logique du côté de l’alimentation.

Certaines évolutions alimentaires accordant davantage de place aux aliments végétaux peuvent rejoindre à la fois des recommandations sanitaires et une réduction de plusieurs impacts environnementaux liés à la production alimentaire. C’est autour de cette convergence que Barrett avait construit son premier travail sur le dietary eco-wellness.

Les choses deviennent autrement plus concrètes dès que l’on regarde ce que les gens font réellement de ces recommandations dans leur vie quotidienne.

Parce que les gens ne mangent pas des « régimes alimentaires durables ».

Ils mangent un curry de lentilles.

Ils prennent leur vélo sous la pluie.

Ils vont chercher le pain.

Ils trouvent un raccourci.

Ils emmènent leurs enfants.

Ils renoncent certains jours parce qu’ils sont fatigués.

Ils recommencent le lendemain parce que quelque chose dans l’expérience leur donne envie de recommencer.

Et là, nous arrivons sur un terrain qui m’est particulièrement familier : le béhaviorisme.

Une règle qui initie, des contingences qui maintiennent

Imaginez quelqu’un qui se dit :

« Je vais utiliser moins souvent la voiture pour les petits trajets. »

Cette phrase peut déjà orienter son comportement. En analyse comportementale, on parlerait ici d’un comportement gouverné par une règle : un stimulus verbal spécifie ce qu’il convient de faire dans certaines circonstances, parfois aussi les conséquences attendues de cette action. Une règle peut ainsi prendre une forme très simple : « Si la distance est inférieure à trois kilomètres, alors je laisse la voiture et j’y vais à pied. »

La particularité est que cette règle peut modifier le comportement avant que la personne ait directement fait l’expérience de ses conséquences.

La personne peut commencer à marcher parce qu’elle s’est dit :

« Pour les trajets de moins de trois kilomètres, je laisse la voiture. »

Puis elle découvre autre chose.

Elle aime marcher.

Elle revient moins tendue.

Elle croise quelqu’un.

Elle écoute un podcast.

Elle dort mieux les jours où elle a davantage bougé.

Elle apprécie de ne plus chercher de place pour se garer.

Le comportement initialement contrôlé par une règle entre progressivement en contact avec des contingences directement expérimentées.

La règle a permis de commencer.

Les conséquences rencontrées en chemin peuvent rendre le comportement beaucoup plus intéressant à reproduire.

Cette transition n’est évidemment pas obligatoire : certains comportements peuvent rester durablement fortement contrôlés par des règles, et les recherches sur le comportement gouverné verbalement montrent justement que règles et contingences peuvent interagir de manière assez complexe.

Mais pour comprendre pourquoi certaines habitudes s’installent alors que d’excellentes résolutions disparaissent en quinze jours, regarder ce que le comportement produit réellement dans la vie quotidienne devient très utile.

Et, toujours puisque je suis à la mer, j’en ai actuellement un exemple sous les yeux tous les matins.

Six kilomètres, deux jumelles et deux pains au chocolat

Depuis le début des vacances, j’ai profité de la planéité du territoire pour me remettre à la course à pied. Et donc, je cours le matin.

Et j’embarque mes jumelles dans le Croozer.

Elles viennent volontiers.

Leur enthousiasme pour l’entraînement cardiovasculaire paternel mérite cependant d’être nuancé : leur principale motivation se situe à environ trois kilomètres plus loin, à la boulangerie.

Un petit pain au chocolat chacune.

Le circuit est désormais parfaitement compris.

Papa court.

On regarde le paysage.

En passant devant le parc de châteaux gonflables on demande : « on peut y aller sur les gatos gonflagues ? » Ce à quoi, papa répond : « sans doute la semaine prochaine ».

On arrive à la boulangerie.

Pain au chocolat pour chacune, et café allongé pour papa…

Petite pause sur la terrasse, face à la mer.

Puis, retour dans le Croozer pour rejoindre le reste de la famille commençant timidement à ouvrir les yeux.

Du point de vue de mes filles, le pain au chocolat est une contingence assez convaincante.

Pour moi, les conséquences sont différentes.

Courir me permet de maintenir ma condition physique.

Cela contribue un peu à compenser les chips de l’apéro de la veille — toutes mes motivations ne sont pas grandioses, je l’avoue.

Je vais chercher le pain du matin.

Je n’utilise pas la voiture pour parcourir les trois kilomètres qui me séparent de la boulangerie, puis revenir.

Et surtout, j’embarque deux petites filles déjà parfaitement réveillées hors du logement pendant environ une heure.

Ce dernier point possède une importance familiale considérable.

Une fois réveillées, mes jumelles semblent en effet considérer que le sommeil des autres membres de la famille constitue une anomalie qu’il convient de corriger sans délai.

Pendant que nous courons, tout le monde dort.

Si vous regardez maintenant cette petite organisation avec les lunettes de l’éco-bien-être comportemental, elle devient presque un cas d’école.

Pour moi : activité physique, maintien de la condition, plaisir de courir, trajet utile et satisfaction de laisser dormir la famille.

Pour les jumelles : sortie avec papa, mouvement, paysage et renforcement pâtissier particulièrement bien identifié.

Pour le reste de la famille : une heure de sommeil supplémentaire.

Pour notre organisation quotidienne : le pain est acheté.

Et du côté environnemental : la voiture reste garée pour ce trajet.

La force du comportement vient précisément de cette accumulation de bénéfices. Et c’est ce qui rend cette petite routine étonnamment solide dans le temps.

Je n’ai pas besoin de me lever chaque matin en récitant les dernières conclusions du GIEC pour réussir à chausser mes baskets.

Et cela me semble constituer une extension particulièrement intéressante de l’éco-bien-être : les comportements favorables à la santé et à l’environnement ont probablement davantage de chances de durer lorsqu’ils trouvent aussi une place fonctionnelle, plaisante ou utile dans le quotidien.

Chez certains, une préoccupation environnementale mettra le comportement en route et les bénéfices quotidiens aideront à le maintenir. Chez d’autres, le trajet sera exactement inverse : ils commencent à courir pour leur santé et découvrent au passage qu’ils utilisent moins la voiture.

Commencer à jardiner pour obtenir quelques tomates et découvrir que l’on passe davantage de temps dehors.

Cuisiner autrement pour des raisons environnementales puis continuer parce que toute la famille adore finalement les nouvelles saveurs.

Les comportements durables au sens temporel du terme finissent souvent par avoir plusieurs bonnes raisons de perdurer.

Et la nature dans tout cela ?

C’est ici que le sujet commence à rejoindre une de mes grandes passions.

Parmi les domaines repérés dans les recherches précédentes figure l’immersion dans les espaces verts. La revue de 2023 l’identifie parmi les quatre champs susceptibles de converger vers l’éco-bien-être, tout en soulignant la faiblesse actuelle des études mesurant réellement, au sein d’une même intervention, des effets sur la santé et sur la soutenabilité.

Cette prudence est importante.

Passer du temps dans une forêt et s’y sentir mieux ne produit pas automatiquement un bénéfice environnemental.

La forêt ne reçoit pas un virement carbone parce que vous êtes détendu.

Cela commence à devenir intéressant quand quelque chose se construit dans la durée et la répétition.

Imaginons quelqu’un qui commence à marcher régulièrement dans un bois parce qu’il cherche un endroit pour récupérer après sa journée de travail.

Au début, le lieu est interchangeable.

Il aurait pu marcher ailleurs.

Puis il apprend le chemin.

Il reconnaît un arbre.

Il découvre que telle partie reste humide après la pluie.

Il remarque les premières feuilles au printemps.

Il connaît l’endroit où le soleil apparaît en fin d’après-midi.

Il identifie progressivement quelques oiseaux.

Le milieu acquiert une histoire.

La personne n’utilise plus simplement « un espace vert ».

Elle développe une relation avec cette forêt-là.

Et c’est ce que montrent les travaux sur l’articulation entre la santé et les comportements pro environnementaux. Barragan-Jason et ses collègues (2022) ont notamment montré que la connexion psychologique à la nature est associée à la fois à une meilleure santé ou un meilleur bien-être et à davantage de comportements favorables à la nature. Leurs méta-analyses suggèrent également que cette connexion peut être renforcée, notamment par le contact direct avec la nature et certaines pratiques attentionnelles.

Pour l’éco-bien-être, la piste est séduisante : fréquenter la nature pourrait donc nous faire du bien tout en modifiant progressivement notre relation au vivant. L’association entre connexion à la nature et comportements pro-environnementaux est relativement robuste — Whitburn et al. (2020) retrouvent une corrélation d’environ r = .37 — mais la chaîne causale reste moins bien établie : augmenter la connexion à la nature conduit-il réellement, et durablement, à modifier nos comportements ? C’est là que les données longitudinales et expérimentales restent nécessaires.

A moins que la demande du patient ne soit précisément un changement vers un style de vie plus durable et soutenable pour la planète, le psychothérapeute pourra déjà se contenter de moins dans son travail, car le monde de la personne s’est enrichi de possibilités d’action. Et ce n’est pas rien.

Le patient dispose maintenant d’un lieu où il sait marcher, s’arrêter, récupérer, observer, parfois rencontrer quelqu’un. Son environnement est devenu un activateur de comportements qui lui sont profitables.

Encore faut-il que l’environnement nous en donne la possibilité

Supposons à présent que je vous conseille d’aller travailler à vélo.

Vous habitez à quatre kilomètres de votre lieu de travail, une piste cyclable traverse votre quartier et vous pouvez ranger votre vélo en sécurité à l’arrivée.

Très bonne idée.

Maintenant, même personne, même motivation, autre environnement.

Douze kilomètres.

Une route sans piste cyclable.

Des voitures à 90 km/h.

Aucun endroit où ranger le vélo.

Le conseil n’a plus du tout la même valeur.

Même chose pour la nature.

« Allez davantage marcher dans un parc » paraît facile lorsque le parc commence au bout de la rue.

Beaucoup moins lorsqu’il faut 30 minutes pour atteindre un espace vert pas trop pollué et accessible.

Entre les deux, il y a le temps disponible, les revenus, les capacités physiques, la sécurité du quartier, les infrastructures, les horaires de travail, les responsabilités familiales ou encore l’accès aux commerces et aux transports publics. Tous ces éléments modifient très concrètement le coût du comportement.

Kim et ses collègues (2023) soulignent précisément que l’équité devra devenir une dimension centrale de ce champ. Ils rappellent notamment que les effets des transformations favorisant les transports actifs sur les inégalités de santé restent encore insuffisamment étudiés.

Dit plus simplement : le même comportement peut être presque évident pour une personne et demander un effort considérable à une autre, simplement parce qu’elles ne vivent pas dans les mêmes conditions.

Cette idée me semble fondamentale pour la psychothérapie.

Parce qu’elle nous évite une longue liste d’injonctions :

  • Bougez davantage.
  • Sortez
  • Marchez
  • Mangez mieux.
  • Prenez moins la voiture.
  • Passez du temps dans la nature.

Toutes ces propositions peuvent être pertinentes.

En clinique, j’aurais donc beaucoup plus envie de demander :  « Dans votre vie, où est-ce que cela pourrait réellement fonctionner ? »

Ce que l’éco-bien-être pourrait apporter à l’accompagnement thérapeutique en extérieur

Je ne ferais certainement pas du behavioral eco-wellness une nouvelle technique d’écothérapie.

Je l’utiliserais plutôt comme une grille d’exploration fonctionnelle : repérer avec la personne les activités qui, dans sa vie réelle, font plusieurs choses utiles à la fois.

Chercher les comportements à haute densité de cobénéfices

Lors d’une séance, je pourrais demander :

« Quelles activités de votre semaine vous font du bien et, en même temps, correspondent à la manière dont vous aimeriez vivre votre vie ? »

Puis creuser.

  • Marcher jusqu’à l’école avec les enfants.
  • Jardiner
  • Prendre le vélo.
  • Aller au marché.
  • Cuisiner
  • Réparer
  • Faire une promenade avec quelqu’un.
  • Prendre le train et lire pendant le trajet.

Ensuite viennent les questions fonctionnelles :

Qu’est-ce que cela vous apporte immédiatement ?

Qu’est-ce que vous appréciez pendant l’activité ?

Qu’est-ce qui devient plus facile après ?

Qui d’autre en bénéficie ?

Qu’est-ce qui vous donnerait envie de recommencer demain ?

Ces questions permettent surtout de repérer combien de conséquences différentes viennent soutenir le même comportement. Plus il trouve de prises dans la vie réelle, moins son maintien dépend d’une seule bonne intention.

Pour un comportement donné, le bénéfice environnemental peut constituer une raison importante parmi plusieurs autres.

Observer ce que le lieu rend possible

Une séance extérieure permet d’aller encore plus loin.

Je peux demander à la personne de choisir un chemin.

Puis m’intéresser à ce choix.

Pourquoi celui-là ?

  • Parce qu’il est calme.
  • Parce qu’on voit loin.
  • Parce qu’il y a de l’ombre.
  • Parce que le sol est régulier.
  • Parce qu’elle peut s’arrêter.
  • Parce qu’elle aime longer l’eau.
  • Parce qu’elle sait qu’il existe un banc à mi-parcours.

Ces propriétés du milieu participent au comportement.

Un sentier circulaire permet d’avancer sans devoir décider du moment où faire demi-tour.

Un banc permet une pause.

Une pente produit de l’effort.

Un espace dégagé facilite l’anticipation des rencontres.

Un sous-bois offre de l’ombre.

Une boulangerie située à trois kilomètres devient, dans mon cas, un objectif de course remarquablement efficace.

Nous commençons ainsi à regarder la relation entre les caractéristiques du lieu, les capacités de la personne et les actions qui deviennent possibles.

Modifier le milieu plutôt que demander toujours davantage d’effort

Une personne souhaite marcher davantage.

Plutôt que travailler uniquement sa motivation, nous pouvons chercher à modifier les conditions de celle-ci :

  • trouver un trajet plus agréable ;
  • associer la marche à une destination utile ;
  • marcher avec quelqu’un ;
  • choisir une heure plus adaptée ;
  • préparer les vêtements la veille ;
  • identifier un lieu où elle aime s’arrêter ;
  • intégrer la promenade à un déplacement déjà nécessaire.

La question à se poser en tant que thérapeute devient :

« Comment organiser l’environnement pour que le comportement ait davantage de chances de se produire et davantage de raisons de se reproduire ? »

Voilà une perspective particulièrement compatible avec une psychologie comportementale, située et incarnée.

Prendre soin de soi quelque part

Le behavioral eco-wellness reste un champ scientifique en construction. Je le prends donc pour ce qu’il est actuellement : une proposition conceptuelle qui permet de regarder autrement certains comportements très ordinaires.

Et, pour la psychothérapie, cette manière de regarder me paraît déjà fertile.

Nous parlons beaucoup de prendre soin de soi, parfois comme si le travail devait nécessairement se dérouler quelque part entre la peau et le crâne.

Pourtant, nous nous régulons toujours quelque part. En marchant dans une rue, en nous arrêtant dans un parc, en préparant un repas, en allant chercher du pain, en ouvrant une fenêtre ou en nous jetant dans la mer parce qu’il fait quarante degrés.

Ces lieux, ces objets et ces possibilités d’action participent à ce que nous faisons. Ils rendent certains comportements faciles, agréables, coûteux ou presque impossibles.

Notre bien-être est donc aussi situé.

Et certains environnements offrent cette possibilité assez précieuse : faire quelque chose qui nous fait du bien tout en consommant un peu moins, en nous déplaçant autrement ou en développant une relation différente au milieu que nous habitons.

Cette semaine, chez moi, cela ressemble à trois enfants qui courent vers la mer pour se rafraîchir.

À deux petites filles apprenant à mettre la tête sous l’eau.

À une grande qui tente, à ses dépens, de couler son père.

À une climatisation qui reste davantage au repos.

Puis, le lendemain matin, à deux jumelles installées dans un Croozer.

À six kilomètres de course.

À du pain frais pour la famille.

À quelques chips de la veille que j’essaie courageusement de négocier avec mon métabolisme.

À une maison qui dort encore.

À deux pains au chocolat.

Et à une voiture qui n’a pas bougé.

J’avais oublié de mettre ma veille scientifique en pause pendant les vacances.

Finalement, je crois que je vais la laisser encore un peu active.

Je vous laisse, les petites sont réveillées et m’attendent dans le Croozer…

Références

Barragan-Jason, G., de Mazancourt, C., Parmesan, C., Singer, M. C., & Loreau, M. (2022). Human-nature connectedness as a pathway to sustainability: A global meta-analysis. Conservation letters, 15(1), e12852.
Barrett, B. (2022). Health and sustainability co-benefits of eating behaviors: Towards a science of dietary eco-wellness. Preventive Medicine Reports, 28, 101878.
Barrett, B., Cornwall, K. J., Grabow, M. L., & Goldberg, S. B. (2026). Behavioral eco-wellness: Definition, conceptual framework, and research agenda. Journal of Environmental Psychology, 113, 103095.
Harte, C., Barnes-Holmes, D., Barnes-Holmes, Y., & McEnteggart, C. (2020). The study of rule-governed behavior and derived stimulus relations: Bridging the gap. Perspectives on Behavior Science.
Kim, B. R., Grabow, M. L., Walters, S., Rateike, S., Hitchcock, M., & Barrett, B. (2023). Imagining Eco-Wellness: A scoping review of interventions aimed at changing individual behaviors to promote personal health and environmental sustainability. Wisconsin Medical Journal, 122(3).
Whitburn J, Linklater W, Abrahamse W. Meta-analysis of human connection to nature and proenvironmental behavior. Conserv Biol. 2020 Feb;34(1):180-193. doi: 10.1111/cobi.13381. Epub 2019 Jul 12. PMID: 31251416; PMCID: PMC7027494.

Auteur : Egide Altenloh